Vous êtes ici est un espace précieux de création et de liberté artistique, un laboratoire en ébullition, une fabrique de formats originaux, un endroit de culture propice aux découvertes, aux échanges entre artistes et habitants.
Nous sommes heureux de poursuivre cette aventure artistique et humaine reconnue et indispensable sur notre territoire.
Le territoire est au cœur de notre projet. Notre théâtre n’a pas de murs. Cette absence de salle est une chance pour nous car elle nous permet d’investir de multiples espaces, d’être au contact direct des publics, d’approcher les plus indifférents en pénétrant leur quotidien et leurs lieux de vie.
Notre plateau de théâtre se déploie sur toute la communauté de communes Bastides en Haut-Agenais Périgord. Nous voulons dès cette année nous affranchir des frontières administratives en allant vers d’autres communes comme Fumel (Vallée du Lot).
Nous sommes convaincus que nos villages et les espaces qui les entourent doivent être observés et stimulés par des artistes généreux et audacieux qui auront pour mission d’inscrire leur art dans l’espace public, dans les lieux où on ne les attend pas, d’imaginer des propositions perméables au mouvement des passants, de transfigurer l’environnement, de valoriser le patrimoine.
Les artistes que nous avons invités questionnent leur art et leur pratique en dehors des théâtres. Ils dialogueront avec nos paysages, investiront la halle du marché, une ancienne usine, un magasin, un bois, un champ, une palombière, un hangar agricole, une route… pour bousculer les habitudes, enchanter le quotidien.
Nous avons besoin de gestes innovants, d’esthétiques puissantes, d’images poétiques, de regards et de mots lucides pour décrire le monde, susciter le trouble, émouvoir, stimuler, accroître l‘imaginaire, questionner notre rapport aux vivants.
Nous accordons une place importante aux écritures contemporaines et à leur diversité.
Toutes les équipes présentes au festival et le long de l’année, sauf deux, sont dirigées par des femmes autrices et/ou metteuses en scène.
Un festival à Villeréal se déroulera du 2 au 6 juillet 2025.
Nous nous sommes engagés à développer une plus grande activité tout au long de l’année (spectacles, résidences d’artistes, ateliers de médiation et de pratique…) afin de retrouver plus régulièrement nos publics.
Un théâtre qui fait territoire, c’est un théâtre qui pense l’ensemble de ses actions avec et pour ceux qui vivent sur ce territoire, un théâtre qui prend en compte la diversité et les réalités de tous, un théâtre qui se confronte aux questions d’aménagement du territoire, qui participe à son attractivité, à son développement, à sa transformation.
Tous les projets artistiques que nous avons choisis sont pour nous l’occasion de tisser, développer ou renforcer des liens avec les structures culturelles et sociales voisines, les établissements scolaires, les associations, les commerces, les entreprises locales… afin de créer sans cesse de nouvelles synergies, des relations réciproques basées sur le respect, la discussion, la compréhension et le partage des savoirs.
Dans un esprit de service public, Vous êtes ici s’empare des thèmes politiques, sociétaux et environnementaux actuels, contribue à l’épanouissement de chacun en s’efforçant de rendre clairvoyant, de réconcilier, de prévenir la méfiance et les préjugés.
Tous, spectateurs, artistes, bénévoles, habitants, peuvent s’emparer du projet et de la structure comme d’une boîte à outils et faire de Vous êtes ici un espace productif de sens, de résistance et de rêves.
Laurette Tessier et Nicolas Candoni
Nous sommes des artistes qui jouons dehors.
Par « dehors » nous entendons tout espace du monde qui n’a pas vocation à recevoir du théâtre.
Par dehors nous entendons un fragment d’espace réel. Réel auquel nous arrimons le désir d’une œuvre. Nous voyons dans ce réel la promesse d’une beauté qui n’existerait pas ailleurs.
Conscient·es que d’autres formes de théâtre in situ ou hors-les-murs ont toujours existé, nous revendiquons la singularité de notre approche et la nécessité de sa reconnaissance.
Nous nous réunissons autour de deux mots : théâtre et paysage.
Par « réunir » nous entendons « réfléchir ensemble ».
L’expression « théâtre-paysage » est un outil pour penser.
En un sens, elle est insatisfaisante, elle renseigne mal. Elle convoque souvent des images que nous réfutons. Elle pose questions.
(Les étymologies de « théâtre » et de « paysage » renvoient à la même chose : l’endroit d’où l’on regarde un espace - en même temps que sa représentation.)
Mais elle pose les bonnes questions.
C’est pourquoi nous la choisissons.
Elle oblige à préciser, elle incite à penser notre art dans le monde.
Théâtre-paysage est un cheval de Troie : ce n’est pas ce qu’il semble (mal) annoncer mais c’est ce qu’il contient, en fait, qui renverse le tout.
« Paysage » aiguillonne « théâtre » par sa plurivocité.
Car le paysage est : une réalité mentale et subjective ; un construit social et culturel ; une figure de rhétorique ; un territoire fabriqué ; un œkoumène (i.e. relation contingente et spécifiquement humaine à la terre) ou encore une expérience phénoménologique.
Le paysage c’est là, ici, ça, c’est sous nos pieds et c’est dans l’air.
Le théâtre-paysage n’est pas un théâtre de paysage ou de verdure.
Et surtout : le paysage dont il s’agit n’est et ne sera jamais une métaphore.
« Théâtre-paysage » n’est pas une chapelle, ni même une pratique unifiée.
Pourtant, nos pratiques ont en commun ces verbes : marcher, arpenter, errer, observer, enquêter, repérer, contourner, rencontrer, décentraliser, écouter, sentir, contempler et d’autres encore.
Nos pratiques ont en commun certaines de ces obsessions : les lieux, l’esprit des lieux, les lieux-dits, le dit des lieux, leurs histoires, les lieux que personne ne regarde, le point de vue, l’échelle, la marge, le voisinage, la topographie, la géographie, la géologie, la diversité biologique, l’interdit, l’écart à la norme, la météo, l’événement, la coopération, la réciprocité, le don, la beauté, le cadre, sortir du cadre, l’attention, l’écologie du sensible, la démesure, le réel.
Notre rêve de théâtre est avant tout spatial. Il a d’abord lieu ici.
Nous créons à partir de quelque part, grâce à quelque part, pour quelque part.
Nous croyons en l’esprit des lieux.
Nous savons que « rien n’aura eu lieu que le lieu ».
Pour nous, le lieu est une catégorie de l’être.
Cette théorie absolutiste du lieu suffirait à expliquer pourquoi nous créons ici plutôt
que là, et pourquoi le lieu est au cœur de nos créations (pas moins que ne l’est le texte, l’interprète, la mise en scène ou le public).
Notre rapport au lieu redéfinit tout du processus de création et de réception. Il change le rapport entre artistes et public, entre théâtre et territoire, entre mission d’intérêt général et habitus culturel.
Notre relation au lieu est avant tout une relation au réel. Qui induit une politique de la présence.
Être là, travailler avec ce qui est là.
Aucun résultat mesurable ne valide cette politique autre que celui d’avoir été là.
La présence invente le lieu.
Elle induit une politique du regard.
Le théâtre-paysage s’octroie un droit de regard sur le monde, un point de vue.
Un point de vue peut être scandaleux.
Notre rapport sensible au lieu est aussi un rapport aux lieux sensibles.
Nous chérissons particulièrement les lieux que la raison économique néglige, comme par exemple les « tiers-paysages ».
Nous choisissons de préférence des lieux libres, qui parlent et qui pensent.
Dialectique de l’utopique et de la topique.
Tout acte en paysage est déictique.
Notre poétique procède de cette logique. Celle, à l’origine de tous jeux d’imagination, qui propose de renommer le monde pour en inventer un autre.
Le théâtre-paysage veut tout, s’intéresse à tout, prend tout comme matière à jouer.
Il veut rencontrer tous les êtres et tout comprendre du lieu.
Nous travaillons à partir de cette matière qu’est la réalité d’un espace.
Parmi l’infini du dehors nous choisissons le lieu.
Dans le lieu nous choisissons un point de vue.
Le point de vue cadre un paysage.
Le point de vue organise le lieu dans un ordre signifiant.
Nous créons donc un paysage.
Nous offrons au public le paysage que nous avons taillé dans l’épaisseur parfois laide du monde.
Nous intensifions l’exercice en quoi consiste le fait de regarder le monde.
Nous créons l’intention qui préside au regard sur un morceau du monde.
Nous ancrons une fiction dans la réalité d’un espace.
Ce qui les bouleverse réciproquement.
Nous sommes CONTRE l’instrumentalisation esthétique du paysage.
Nous sommes POUR une approche écosophique de la création en paysage.
On ne fait pas de « sensibilisation » au vivant, on ne cherche pas à réparer. Nous ne sommes pas des animateur.ices culturel.les.
Nous refusons que l’art abdique face à la menace lénifiante du baume démocratique comme remède que devrait incarner la culture.
C’est parce qu’il est là que le théâtre-paysage rencontre ce public (et non pas parce qu’il a l’intention d’avoir un effet sur lui).
Nous jouons ici, pour et avec cet ici et tout ce qui l’habite, y compris le public.
Créer dans et pour le lieu impose une méthode qui redispose l’être au monde. Ainsi nous sommes parmi, nous faisons avec, nous créons des relations, nous pratiquons l’hospitalité réciproque, nous sommes invité.es et puis nous invitons.
Nous négocions avec les vivants, humains ou non, les autorités, autant qu’avec les matières, les couleurs, les lumières…
Nous ne sommes ici que de passage.
Nous observons et fabriquons des situations.
Nous procédons par interventions.
Nous cohabitons.
Nous ne laissons pas de trace matérielle.
Horizon : phénoménologie de l’incommensurable.
Désir d’illimité.
Le théâtre-paysage repense l’échelle.
Celle de l’humain.e dans le tableau.
Celle des vivants et des cailloux. Celle de ce qu’un regard embrasse.
L’échelle des narrations.
L’échelle de l’espace, et aussi l’espace du temps.
Celle des ruines industrielles.
Celle des plantes rudérales.
Politique de l’échelle. Émotion de l’échelle.
Le théâtre-paysage ouvre le spectre des échelles de l’attention (du minuscule au gigantesque, de l’infra à l’horizon).
Le théâtre-paysage nous remet à notre place.
Nous pensons que la logique du lieu réinvente aussi les manières de produire et de diffuser les œuvres.
Nous pensons que par son caractère situé, le théâtre-paysage propose une alternative concrète au modèle existant (des arts de la scène en salle et de l’espace public).
Nous pensons qu’un autre réseau de fabrique d’arts est possible, pour un public plus large.
Nous pensons que les lieux de nos formes peuvent réunir d’autres sources d’intérêts (chaque fois localement, jamais génériquement) que celui, général, de la culture.
Nous sommes à l’aise avec la logique du hacking.
Nous proposons de jouer par tous les temps.
Nous pratiquons un art de la présence, du lieu, de la marge, du local, non-reproductible, de l’expérience. Un art qui par son essence résiste à la normalisation thématique, au lissage que l’économie de la tournée en salle impose aux formes, et à la festivalisation de l’in situ. Un art qui déjoue les injonctions tacites qui pèsent sur les épaules des artistes subventionné.es : nous ne décentralisons pas, nous localisons parce qu’ici est le moteur de nos créations.
MANIFESTE DU THÉÂTRE-PAYSAGE
Vous êtes ici est un espace précieux de création et de liberté artistique, un laboratoire en ébullition, une fabrique de formats originaux, un endroit de culture propice aux découvertes, aux échanges entre artistes et habitants.
Nous sommes heureux de poursuivre cette aventure artistique et humaine reconnue et indispensable sur notre territoire.
Le territoire est au cœur de notre projet. Notre théâtre n’a pas de murs. Cette absence de salle est une chance pour nous car elle nous permet d’investir de multiples espaces, d’être au contact direct des publics, d’approcher les plus indifférents en pénétrant leur quotidien et leurs lieux de vie.
Notre plateau de théâtre se déploie sur toute la communauté de communes Bastides en Haut-Agenais Périgord. Nous voulons dès cette année nous affranchir des frontières administratives en allant vers d’autres communes comme Fumel (Vallée du Lot).
Nous sommes convaincus que nos villages et les espaces qui les entourent doivent être observés et stimulés par des artistes généreux et audacieux qui auront pour mission d’inscrire leur art dans l’espace public, dans les lieux où on ne les attend pas, d’imaginer des propositions perméables au mouvement des passants, de transfigurer l’environnement, de valoriser le patrimoine.
Les artistes que nous avons invités questionnent leur art et leur pratique en dehors des théâtres. Ils dialogueront avec nos paysages, investiront la halle du marché, une ancienne usine, un magasin, un bois, un champ, une palombière, un hangar agricole, une route… pour bousculer les habitudes, enchanter le quotidien.
Nous avons besoin de gestes innovants, d’esthétiques puissantes, d’images poétiques, de regards et de mots lucides pour décrire le monde, susciter le trouble, émouvoir, stimuler, accroître l‘imaginaire, questionner notre rapport aux vivants.
Nous accordons une place importante aux écritures contemporaines et à leur diversité.
Toutes les équipes présentes au festival et le long de l’année, sauf deux, sont dirigées par des femmes autrices et/ou metteuses en scène.
Un festival à Villeréal se déroulera du 2 au 6 juillet 2025.
Nous nous sommes engagés à développer une plus grande activité tout au long de l’année (spectacles, résidences d’artistes, ateliers de médiation et de pratique…) afin de retrouver plus régulièrement nos publics.
Un théâtre qui fait territoire, c’est un théâtre qui pense l’ensemble de ses actions avec et pour ceux qui vivent sur ce territoire, un théâtre qui prend en compte la diversité et les réalités de tous, un théâtre qui se confronte aux questions d’aménagement du territoire, qui participe à son attractivité, à son développement, à sa transformation.
Tous les projets artistiques que nous avons choisis sont pour nous l’occasion de tisser, développer ou renforcer des liens avec les structures culturelles et sociales voisines, les établissements scolaires, les associations, les commerces, les entreprises locales… afin de créer sans cesse de nouvelles synergies, des relations réciproques basées sur le respect, la discussion, la compréhension et le partage des savoirs.
Dans un esprit de service public, Vous êtes ici s’empare des thèmes politiques, sociétaux et environnementaux actuels, contribue à l’épanouissement de chacun en s’efforçant de rendre clairvoyant, de réconcilier, de prévenir la méfiance et les préjugés.
Tous, spectateurs, artistes, bénévoles, habitants, peuvent s’emparer du projet et de la structure comme d’une boîte à outils et faire de Vous êtes ici un espace productif de sens, de résistance et de rêves.
Laurette Tessier et Nicolas Candoni
Ce manifeste est inspiré des échanges et débats qui se sont tenus lors des premiers États Généraux du théâtre-paysage les 27, 28 et 29 mars 2025 au Moulin de Scalagrand (Mazières-Naresse, Lot-et-Garonne), à l’initiative de Nicolas Candoni et Laurette Tessier et avec la complicité de Mathilde Delahaye, Alexandre Koutchevsky et Camille Tolila. Vous êtes ici a accueilli une cinquantaine d’artistes, chercheur.ses, responsables de lieux culturels, représentant.tes de l’État, autour de la notion de « théâtre-paysage ». Rassemblant une pluralité de pratiques sous une étiquette commune, ces États Généraux ont défini le périmètre d’un positionnement politique et esthétique. En les synthétisant, le présent manifeste radicalise les propositions pour en faire des déclarations. En tout état de cause, il trahit - pour mieux les servir – la diversité des points de vue, l’effervescence et des digressions. Il trace un axe autour duquel s’organisent les divergences. Il arrête et simplifie. Il ne prétend représenter personne, tout en contenant un peu de toutes et tous.
Texte : Mathilde Delahaye